Vendredi 14 novembre 2008
En ce jour maudit
Maudit comme un lundi,
Sa vie n'a plus de sens ;
il erre dans la ville,
Dérive sans rien voir
Sans acuité aucune .
Dans ces grandes vitrines,
Il ne voit plus que lui
Dans son dernier revers ;
Le dépit se fait pain,
Dans un café sans sucre
À la saveur de fiel .
Ses réveils de mort,
Embués de fatigue
Cernent et marquent ses yeux
Qui en ont marre de briller
Pour épargner la peine,
Éviter la pitié .
Le matin se lève essoufflé,
L'haleine froide, humide,
Dans un bête brouillard inutile
Ne parvenant plus à cacher
Ce désert d'âmes ...
... La triste cour de l 'usine .
Le chômeur, lui, se lève
En fumant sa Gauloise
Pour habituer son corps
Et souffrir au réveil ;
Les douleurs de ses veines,
Le poids de ses déveines
Font fléchir son effort
Et le dos n'en veut plus .
Mais tous les jours,
Dimanches compris,
Il résiste, s'éveille et s'étire,
Ses muscles, alors, se tendent
Congestionnés d'espoir
Venu d'on ne sait où,
De se raser, sourire,
Sentir encore la vie
Persistante, insistante,
Et pourtant si précaire .
Un jour de plus qui s'use,
À rechercher " l'issue",
De nouveau et toujours,
Sans cesse reportée
Comme un leurre, un mirage,
Un horizon fuyant
Qui avance en même temps
Que ses pieds aplatis .
Le soir sera rejoint,
Alourdi de fatigue,
Atrophié par l'échec,
Vers la dernière épreuve,
Cet escalier sans fin
Accroché au perchoir.
Coup de grâce à la foi,
Renonçant, épuisée
Dans ce cerveau en friche,
À chaque fois, un cri,
Un signal argenté
Illusoire, mystique,
Exutoire, caustique
Presque amphétaminique,
Efface sa mémoire
Et le prépare au pire ...
... Allumer sa télé .
Silvio Bernard©2008





